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L’Airbus A320 devient « made in America »

Source « La Tribune » 
Airbus inaugure ce lundi la ligne d’assemblage final de Mobile, en Alabama, qui va permettre à Airbus d’atteindre une cadence de production de 50 avions par mois d’ici à 2017.

Après l’A320 « Made in China », l’A320 « Made in America » prend forme. Trois ans après l’annonce de l’ouverture d’une ligne d’assemblage final (FAL) de la famille A320 aux Etats-Unis, son quatrième site d’assemblage d’avions moyen-courriers dans le monde après ceux de Hambourg, Toulouse et Tianjin en Chine, l’usine de Mobile, dans l’Alabama, sur les bords du Golfe du Mexique, vient de commencer l’assemblage du premier appareil américain, qui sera livré à la compagnie low-cost américaine Jetblue début 2016.

Ce lundi, Tom Enders et Fabrice Brégier, respectivement PDG d’Airbus Group (ex EADS) et d’Airbus, inaugurent ce site qui s’étend sur 215.000 m2.

4.700 appareils moyen-courriers d’ici à 20 ans aux Etats-Unis

Pour Airbus, l’objectif est multiple. L’avionneur lorgne tout d’abord l’énorme potentiel de ventes d’avions du marché américain. Au cours des vingt prochaines années, les besoins d’appareils court et moyen-courriers des compagnies américaines pourraient en effet s’élever à 4.700 avions. En produisant américain, la direction estime disposer d’un atout de poids pour pousser les compagnies américaines à acheter davantage d’Airbus.

Néanmoins, contrairement au marché chinois où, en raison de l’emprise de l’Etat sur le secteur aéronautique le lien est vite fait entre les ventes d’Airbus et la création de l’usine d’assemblage final de Tianjin (Pékin signe les commandes d’avions pour les compagnies), une production aux Etats-Unis n’est pas le facteur déterminant pour les compagnies américaines qui se basent plutôt, lorsqu’elles passent commande, sur des critères opérationnels et de rentabilité. Une chose est sûre. Une usine sur le sol américain ne sera en aucun cas un obstacle aux ventes.

«Aux Etats-Unis, il est important de montrer que les avions sont produits dans le pays. Cela nous fait gagner des points et dans certains cas cela peut faire la différence », a déclaré Fabrice Brégier au Welt am Sonntag.

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Pour le patron d’Airbus, la stratégie est déjà payante.

« La part de marché d’Airbus dans la flotte américaine en service est de 20% mais s’élève à 40% sur les appareils commandés par les compagnies américaines depuis l’annonce en 2012 de la création de l’usine de Mobile », explique-t-il.

Par ailleurs, cette usine ne peut que renforcer « l’américanité » d’Airbus, qui pourrait lui être fort utile le jour où se présenteront les appels d’offres pour des gros contrats militaires, pour lesquels le patriotisme économique joue un rôle crucial. Aujourd’hui, Airbus compte près de 1.400 employés aux Etats-Unis et soutient, à travers ses achats aux Etats-Unis (15,9 milliards de dollars en 2014) 260 000 emplois américains.

Coûts en dollars

On n’en est pas là. A court terme, l’usine de Mobile apporte deux avantages. Elle permet tout d’abord de réduire l’exposition nette en dollars (les recettes en dollars – les coûts en dollars) de l’avionneur, même si la parité euro-dollar est moins pénalisante aujourd’hui avec un billet vert à 1,13 euro qu’elle ne l’était ces dernières années.

Cadences de production

Elle permet ensuite à Airbus d’augmenter les capacités de production de l’A320, afin de livrer plus rapidement. « Une compagnie qui passe commande aujourd’hui ne recevra pas son avion avant 5 ans « , explique Fabrice Brégier. Le carnet de commandes frôle en effet les 5.500 appareils, dont 4.200 A320 Neo.

Airbus a décidé de passer d’une cadence de production de 42 appareils par mois à 50 à l’horizon 2017.

« Nous avons besoin de Mobile pour atteindre la cadence 50 de façon stable », explique Fabrice Brégier.

L’usine de Mobile devrait produire quarante appareils d’ici à fin 2017 (soit 4 à 8 par mois), un niveau déjà atteint par celle de Tianjin, alors que les deux usines historiques de Hambourg et de Toulouse assembleront respectivement 25 (3 de plus qu’aujourd’hui) et 17 appareils (un de plus).

Mais Airbus réfléchit déjà à l’étape d’après.

« Nous étudions la possibilité de monter au-delà de 50 appareils par mois. Nous discutons avec le marché mais aussi avec les fournisseurs, notamment les motoristes. La décision sera prise cette année », a rappelé Fabrice Brégier.

Nouvelle FAL à Hambourg à l’étude

Si Airbus décidait d’augmenter encore le rythme, l’avionneur investirait dans une nouvelle ligne d’assemblage final à Hambourg, comme Fabrice Brégier l’avait annoncé au Paris Air Forum en juin dernier. Dans cette hypothèse, un centre d’aménagement des cabines serait installé à Toulouse pour les avions qui y seront construits. Aujourd’hui, cette activité est uniquement réalisée à Hambourg, obligeant les avions assemblés à Toulouse de s’y rendre pour équiper la cabine.

Cadence 63

Avec une nouvelle FAL, Airbus serait potentiellement armé pour produire jusqu’à 60 appareils par mois. En mai, ce niveau avait été évoqué (pour la fin de la décennie) par la direction; John Leahy, le directeur commercial d’Airbus, ayant même précisé qu’une production de 63 appareils par mois constituait un bon rythme.

Ce chiffre précis interpelle certains observateurs. « Si une nouvelle FAL à Hambourg permet d’assembler 60 avions et que nous allons au-delà, où ces avions supplémentaires seraient-ils assemblés? », fait remarquer l’un d’eux. Barry Eccleston, le président d’Airbus Americas, a déjà une réponse :

« Si besoin, Mobile est capable de doubler les cadences », a-t-il expliqué.

« Nous pouvons aller jusqu’à huit (par mois) avec de très petits ajustements », a précisé Timo Zaremba, responsable qualité produits de Mobile

Un investissement de 600 millions de dollars

Airbus investit 600 millions de dollars à Mobile. Une aubaine pour cette région du Golfe du Mexique confrontée à des difficultés économiques ces dernières années. Cette ligne d’assemblage permettra de créer plus d’un millier d’emplois dans la région. Il n’y aura pas de conséquences sur les emplois européens, dit-on chez Airbus. Au contraire Mobile renforce l’emploi en Europe assure-t-on « dans la mesure où un emploi créé à Mobile génère quatre emplois directs dans les sites de production européens », où sont fabriquées différents morceaux de l’avion.

Logistique

La logistique est impressionnante. Toutes les parties d’avions déjà construites et équipées (fuselages, ailes, dérives, stabilisateurs horizontaux…) en Europe seront transportées en bateau des sites européens d’Airbus vers le port de Mobile. Les  éléments des avions qui ne sont pas déjà pré-équipés sont quant à eux transportés en camion vers le centre de logistique d’Airbus à Hambourg puis envoyés à Mobile en bateau ou en avion. La production des fournisseurs américains arrivent à Mobile en train ou en camion. Les fabricants de sièges et les motoristes ont quant à eux leur propre logistique.

Alors qu’il définit Airbus comme un constructeur global, Fabrice Brégier a suggéré à Boeing de venir s’installer en Europe. « S’ils veulent être un global player, ils devraient avoir une usine en Europe », a-t-il en marge de l’inauguration. Boeing qui n’a jamais produit hors des Etats-Unis, envisage selon Aviation Week, d’ouvrir un centre d’aménagement commercial en Chine.

Merci à La Tribune pour son excellent article @kevelair